Le sport, poussé à son extrême avec la pratique à haut niveau n’a plus sa fonction «wellness » de base. J’ai volontairement dissocié les hommes et les femmes simplement car l’impact hormonal n’est pas le même et qu’un seul article sur les deux relèverait d’un roman !

Je vais donc commencer ici par les femmes (galanterie et vécu oblige), mais homologues masculins, ne vous inquiétez pas, un article vous concernant arrive vite.
En effet, la pratique sportive de base a un impact hormonal, bien souvent bénéfique. Or, pratiqué à haut niveau, on peut tomber dans la dérive du surentrainement, et de l’altération de cet impact hormonal. C’est à cela que nous allons nous intéresser par le biais de cet article.

Il y a deux niveaux de surentrainements (= Conséquences de séances d’entrainements avec forte charge de travail ou trop intense, avec trop peu de récupération), bien que je préférerais utiliser le terme de « sous-récupération » :
  • L’Overreaching : Forme de moindre gravité. Baisse de performances, rapidement réversible avec une durée de récupération dite « intermediaire »
  • L’Overtraining syndrome : Forme grave chronicisée. Etat chronique de baisse de performance, symptômes cliniques et/ou biologique d’usure. La durée de récupération est longue, elle se compte en semaines voire mois. En général, la saison sportive est compromise le temps de récupérer.

La plupart des sportifs de haut niveau flirtent avec la lisière du surentrainement durant des périodes prolongées. Conséquence de l’exigence des compétitions et du niveau d’entrainement qui augmente. Le corps n’a souvent pas le temps de s’adapter et cela a des conséquences importantes sur le fonctionnement hormonal, mais pas que.
Etat de stress permanent, troubles du sommeil, état infectieux et inflammatoire, troubles psychologiques et relationnels, troubles alimentaires…
Le recul et une certaine prise de conscience doivent être fait afin de ne pas tomber dans le déni de ces symptômes, ni de les voir comme une résultante « normale » de la pratique sportive.

C’est pourquoi il faut faire attention à cette notion de « surentrainement », qui est délétère pour tout sportif, car cela entrave non seulement la progression (car cercle vicieux (Je sui fatigué(e), je suis moins performant(e), je ne progresse pas, je me blesse, j’ai moins de motivation….) ; Mais également la santé au sens large.
Les conséquences caricaturales ultimes sont la triade de l’athlète : anorexie, aménorrhée, ostéoporose (FAT des Anglos saxons).



Chez la femme, la première chose à laquelle il faut faire attention est la modification du cycle menstruel (prémices de la fameuse « triade de la sportive). Le surentrainement mène à des troubles du cycle, et souvent une infertilité. A long terme, on va avoir une dysfonction de la fonction endothéliale, une ostéopénie/ostéoporose, une augmentation de l’inflammation et de l’équilibre électrolytique, une fatigue surrénale, des troubles du sommeil, une hausse du taux de cortisol, une baisse du taux d’hormone de croissance, et même une hausse du cholestérol LDL…

Outre l’intensité et la fréquence de la pratique sportive et la ration alimentaire, il faut également faire très attention à l’environnement des compétitions et des phases qualificatives, qui viennent rajouter un stress supplémentaire. Le mental a également sa part, avec un vécu de la pression différent selon chacun(e). A outrance, cela a des effets délétères sur les taux hormonaux car le corps est en stress permanent.

Les Troubles hormonaux, et l’impact du cortisol

Les troubles du cycle les plus visibles correspondent à un blocage complet de la fonction ovarienne et se traduisent par une aménorrhée (absence de règles).
Là où il faut faire attention c’est que cette perturbation du cycle, au départ ponctuelle, peut s’avérer délétère sur le long terme, car cela résulte d’une dégradation progressive de la sécrétion pulsatile d’une hormone : la GnRH (Gonadotrophin-releasing hormone).

C’est cette sécrétion de GnRH qui commande au niveau de l’hypothalamus la régulation de la fonction ovarienne via la sécrétion de LH et FSH par l’hypophyse. Or, un effort prolongé lors d’entraînements sportifs quotidiens provoque la sécrétion de neuromédiateurs et d’hormones du stress (cortisol, adrénaline, noradrénaline).
L’effort physique est un stress « infligé » volontairement à l’organisme.
Mais il faut penser à l’impact hormonal, ce qui finit par enrayer la sensibilité à l’insuline. Des hauts niveaux de cortisol (donc stockage de graisse prononcé) sont très souvent associés à une résistance à l’insuline (qui contrôle la glycémie).
Certaines sportives présentent en effet un déficit énergétique chronique et une masse grasse trop faible qui induisent par effet de contre-régulation une augmentation de la sécrétion de cortisol.
Pour les femmes étant sous une contraception oestro-progestative, on remarquera également une augmentation du cortisol au réveil.

Cependant il faut nuancer cela en fonction du type de discipline, d’effort et surtout des réactions physiques et physiologiques de l’athlète en elle-même.
Ainsi, au même niveau d’entraînement intensif, en termes de nombres de sessions d’entraînement hebdomadaires, de volume et d’intensité comparables, certaines femmes ne présentent aucun trouble, alors que d’autres peuvent rester sans règles pendant des années, en dehors de toute pathologie de l’axe hypothalamo-hypophyso-ovarien.

Zoom sur l’Hormone de Croissance (Growth Hormone)

L’hormone de Croissance, comme le cortisol, peut être produite en réponse à un stress aigu ou chronique. Elle exerce ses effets en partie via l’Insuline-like Growth Hormone Factor I (IGF-I) en stimulant sa production hépatique.

Plusieurs facteurs augmentent la sécrétion de GH :

  • La glycémie et l’hypoglycémie
  • Certains acides aminés (leucine, arginine, ornithine)
  • La phase profonde du sommeil
  • Les conditions de stress, dont l’effort musculaire
  • Le jeûne prolongé, qui augmente la fréquence et l’amplitude des pics de sécrétion de GH.

Au niveau des femmes, il existe une régulation physiologique de la sécrétion de GH au cours du cycle menstruel.
Les concentrations de GH sont 2 fois supérieures en fin de phase folliculaire, et sont augmentées par 4 au cours de l’ovulation, dans le traitement de troubles de la fertilité.
La sécrétion basale et l’amplitude des pics de GH sont supérieures chez la femme.
Ainsi ; L’entrainement amplifie la sécrétion de GH, tandis que le surentrainement bloque la sécrétion de GH.

A l’origine, une faible disponibilité énergétique

Il faut en général remarquer que les perturbations de la fonction ovarienne chez la femme sportive de haut niveau sont souvent liées à une faible disponibilité énergétique, donc à un niveau presque nul, voire négatif du bilan énergétique (différence entre les apports énergétiques d’origine alimentaire et dépense énergétique), sachant toutefois qu’on ne peut vivre à long terme avec un bilan négatif.

Par ailleurs, la composition de la ration alimentaire est susceptible d’interférer avec le métabolisme de l’estradiol. Il existe une étude longitudinale menée en France auprès de volontaires recrutées lors d’un marathon de Paris qui a fait apparaître un résultat inattendu lors de l’analyse de la ration alimentaire de ces sportives ; Celles qui présentaient les troubles les plus sévères avaient une consommation de liquide (toutes boissons confondues) deux fois plus élevée que celles dont le cycle menstruel était normal ou irrégulier, faisant ainsi supposer un trouble du comportement alimentaire.

Les sportives à haut niveau d’entraînement sont souvent des femmes ayant peu de tissu adipeux sous-cutané, donc une composition corporelle caractérisée par de faibles poids pour la taille. De fait, chez les personnes possédant peu de réserves caloriques, tout stress énergétique est répercuté immédiatement au niveau central sous forme de frein à la pulsatilité de GnRH.
Cependant, des études ont également montré que si le coût énergétique de l’exercice était compensé par des apports alimentaires adéquats, l’exercice n’était pas associé à des troubles du cycle.

Pour y voir plus clair, il faut accepter qu’il existe un seuil d’effort physique, en durée et en intensité, au-delà duquel la répétitivité de l’entraînement sportif est susceptible de provoquer ou d’aggraver des troubles de la fonction ovarienne. Ces effets délétères sur la régulation de la fonction ovarienne sont, par ailleurs, facilités par des carences en apports énergétiques ou, à l’inverse, sont contrebalancés par une alimentation adéquate. Il faut donc toujours chercher à détecter des troubles, souvent inavoués, du comportement alimentaire chez de jeunes femmes présentant de sévères perturbations du cycle menstruel.
Cependant, lorsque ces troubles ne sont liés qu’à l’intensité de l’exercice physique, ils deviennent réversibles après arrêt prolongé de l’entraînement (environ trois mois).

Troubles inflammatoires

Quand l’exercice est mal toléré, avec des périodes de récupération insuffisantes, se créent des microlésions structurales, une libération des cytokines pro inflammatoires, et une chronicité de cet état inflammatoire.
Le corps est plus sensible aux infections, le système immunitaire est affaibli : Hypercortisolémie, déplétion en glutamine…
Voire à terme des dérives de maladies inflammatoires….
De plus, l’état inflammatoire réduit les taux de IGF-I.

Pour résumer, chez le sportif de haut niveau, des modifications du fonctionnement de la GH sont majoritairement provoquées par des processus inflammatoires, induits par l’effort musculaire répété, ou la présence d’un foyer infectieux latent. Ils peuvent être la conséquence d’un déficit calorique, un amaigrissement (sport à catégorie de poids ou visée esthétique), troubles du comportement alimentaire, ou des apports inadaptés en terme de qualité et de quantité.

Les effets délétères de l’aménorrhée de la sportive

Je vous invite auparavant à aller lire mon article sur « Le Cycle menstruel et la performance sportive« , et comment celui-ci influe sur la forme et les prédispositions aux différents efforts en fonction des périodes.

Outre les aménorrhées secondaires (3 mois consécutifs sans règles), on observe également chez ces sportives des oligoaménorrhées (durées de cycles de 7 à 11 semaines). D’autres présentent des cycles irréguliers dont la séquence est imprévisible, durant lesquels peuvent se succéder, pour une même femme, des cycles très courts (de 16 à 24 jours) et des cycles longs (35 à 46 jours).
En outre, parmi celles dont les cycles ont une durée normale (25 à 34 jours), se produisent des perturbations plus subtiles responsables d’une hypofertilité.

  • Fécondité/Infertilité

Elle est malheureusement peu documentée. L’aménorrhée fonctionnelle avec effondrement de l’estradiolémie et absence de développement folliculaire s’accompagne d’une anovulation. Un retour des cycles ovulatoires a lieu soit après rétablissement des réserves énergétiques (prise de poids de 1 à 2 kg en moyenne), ou à l’arrêt de l’entraînement, parfois pour cause de blessure.
En pratique et suivant le contexte (mode de vie, contraception…), la survenue d’une aménorrhée doit faire rechercher une grossesse, l’aménorrhée fonctionnelle restant un diagnostic d’élimination.

  • Troubles de la fonction endothéliale

Des données récentes montrent que paradoxalement, ces femmes sportives en aménorrhée ont aussi du fait de l’arrêt de la production d’estrogènes (hypoestrogénie), des troubles de la fonction endothéliale (activation inflammatoire endothéliale) et un profil lipidique athérogène (augmentation significative du cholestérol total, du LDL cholestérol, des Apo B et de la lipoprotéine a ; à noter que ces valeurs lipidiques retrouvées chez les sportives en aménorrhée sont au-dessus des valeurs normales du laboratoire).

  • Ostéopénie voire Ostéoporose

Cette aménorrhée s’accompagne aussi d’un pronostic osseux extrêmement péjoratif car la carence œstrogénique induit une perte osseuse identique à celle observée chez la femme ménopausée et, surtout, cette perte osseuse est maximale les premières années suivant l’installation de l’aménorrhée.
En effet, l’hypoestrogénie intervient dans la formation-réduction osseuse aux dépens de la formation, mais le déficit énergétique intervient aussi directement via l’insuline, T3 et l’IGF1 sur le métabolisme osseux.
La restriction calorique entraîne une diminution significative des taux d’ostéocalcine et de procollagène, ce qui fait décroitre l’ostéoformation avec une résorption osseuse qui augmente.
Cela augmente le risque de fractures de fatigue. La sportive doit en prendre conscience pour améliorer la prise en charge de ce trouble.

La prise en charge est indispensable.

Elle a pour but de restaurer les cycles en adaptant les apports énergétiques ; une prise de 1 à 2 kg suffit en général, avec amélioration de la densité osseuse.
Mais le seuil de masse grasse à partir duquel les cycles sont réguliers est très variable d’une sportive à l’autre.
On jettera également un coup d’œil aux apports calcique (1 000 à 1 300 mg par jour) et en vitamine D (400 à 800 Ui par jour), qui participent au bon fonctionnement hormonal. Mais également aux apports en Fer et en Zinc.


Mon avis de Coach et Athlète

La fonction hormonale chez la sportive n’est déjà pas simple au quotidien, et elle peut vite se compliquer avec un déficit énergétique couplé à une pratique sportive excessive.
Il faut savoir qu’il y a des sportives de haut niveau qui sont en pleine santé, contrairement à d’autres sportives amateurs ou de loisirs qui subissent un dérèglement hormonal à cause de pleins de facteurs qui relèvent souvent d’elles-mêmes (environnement, sommeil, alimentation, stress…)

Combien de femmes ai-je vues en aménorrhée, avec des carences, une peau très sèche, une perte de cheveux et une fragilité articulaire… Simplement car elles étaient ou bien affamées, ou carencée de par leur alimentation quotidienne, ou complètement stressée par leur environnement (travail, famille, vie), ou pratiquante à outrance souvent d’une discipline d’endurance… Et la liste n’est pas exhaustive.
Souvent ces femmes ne se rendent pas comptent de tout ce qu’elles sécrètent, car avec tous ces facteurs, en réalité elles sécrètent…. trop de choses !
Leur corps n’est jamais au repos et est sans cesse en alerte, ce qui mène à l’épuisement, mais aussi à un cercle vicieux tant au niveau psychique qu’hormonal :

« Je suis stressée, je n’arrive pas à dormir, je ne secrète pas assez de sérotonine, en revanche beaucoup de cortisol, mon corps réclame plus à manger car moins d’énergie, je craque sur des aliments sucrés ou trop riches car taux de leptine trop bas, je grossis car j’ai une alimentation déséquilibrée, je suis fatiguée au travail et je carbure au café, taux de cortisol encore augmenté, je ne perds pas de poids voire je prends en masse grasse, donc je me restreins au niveau alimentaire et je m’entraine tous les jours jusqu’à l’épuisement, fatigue surrénalienne, etc… »
Ici je caricature, mais il faut avouer que chaque femme s’est retrouvée dans ce genre de situation ou une partie de ce schéma peu glorieux.

En terme de sport de haut niveau, les femmes sont en général plus formées au niveau nutrition et maitrisent mieux les principes de récupération, mais les disciplines demandant un ratio poids-puissance sont souvent sources de restriction énergétiques et ainsi d’une masse grasse très faible qui bloquent l’ovulation chez la sportive, et qui perturbe ainsi énormément les cycles.
Le corps, comme écrit plus haut, sécrète au final à la fois pas assez, et trop de choses. Pas assez d’oestrogènes et de progestérone, mais trop de cortisol et d’adrénaline, etc.

La santé passe par un équilibre.

Nous savons que la pratique du haut niveau n’est saine dans aucune discipline.
C’est pour cela que mettre le doigt sur les déséquilibres (ici uniquement hormonaux) est d’une importance capitale afin de vraiment prendre conscience des effets désastreux à long terme.
Il faut arriver à dissocier le corps consacré à la carrière sportive, qui est en général à durée limitée, et le corps avec lequel nous allons vivre toute notre vie.
Et il ne faut pas tomber dans le « c’est pas grave, j’y penserai plus tard. » Car le plus tard, c’est maintenant.

Les prémisses de ces déséquilibres hormonaux sont certes réversibles sans aucun soucis, les dérèglements constatés, qui durent, sont eux beaucoup plus longs et besogneux en terme de « traitement ».
Nous ne répondons absolument pas toutes de la même façon aux stimuli et aux entrainements.
C’est pourquoi chacune doit trouver son équilibre et ne pas se cantonner dans une méthode si l’impact physique est plus dommageable que bénéfique.

Sources :

« Un effet délétère de l’entraînement à outrance confirmé dans des études » déclaration du Dr Rosetta, chercheur au CNRS (Paris), lors d’une session consacrée à ce thème au cours des Entretiens de Bichat dédiés aux médecins généralistes.
http://www.chups.jussieu.fr/polys/dus/dusmedecinedusport/dubioentrainementsport/surentrainement2005/surentrainement2005.pdf
Michel Guinot – « Suivi endocrinien des sportifs de haut niveau : axes hypothalamo-hypohyso-surrénalien et somatotrope et remodelage osseux »
https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00011389/document
C. Maître et T. Harvey « L’Aménorrhée de la sportive »
La lettre du Gynécologue • n° 358-359 – janvier-février 2011
https://www.edimark.fr/Front/frontpost/getfiles/17102.pdf
Académie Nationale de médecine : Rapport du 4 décembre 2018 – Yves LE BOUC, Jean-François DUHAMEL, Gilles CRÉPIN (Rapporteurs),
Au nom d’un groupe de travail rattaché à la Commission X (Reproduction et développement) « Conséquences de la pratique sportive de haut niveau chez les adolescentes : l’exemple des sports d’apparence »
https://www.franceolympique.com/files/File/actions/sante/documentation/2007/1127/modificationshormonales.pdf